Go to main content

La population épuisée par des attaques incessantes et indiscriminées 

partager

PUBLIÉ LE 14 janvier 2026
Une école détruite par une tir de roquette, région de Kharkiv.

Une école détruite par une tir de roquette, région de Kharkiv. | © L. Hutsul / HI

Les bombardements et les pilonnages systématiques à travers l'Ukraine ont détruit des infrastructures essentielles, notamment des routes, des hôpitaux, des écoles et des réseaux électriques, laissant des régions entières isolées. Après quatre années d'attaques indiscriminées, la population est épuisée et traumatisée. L'hiver rigoureux aggrave encore sa vulnérabilité. 

Bombardements et pilonnages sans fin  

Depuis quatre ans, les civils sont victimes de bombardements et de pilonnages indiscriminés et incessants. Ils peuvent être touchés par un drone ou une bombe aérienne dans leurs occupations quotidiennes, comme faire la queue à la caisse de retraite ou prendre le bus. Les petits villages comme les zones densément peuplées sont pris pour cibles. Depuis février 2022, 15 000 civils ont été tués et 40 000 blessés. (OHCHR). 

“Nous avons constaté une augmentation significative des demandes de rééducation pour des personnes blessées par des attaques de roquette et de drone, des bombardements aériens et des explosions de mines. Ces patients ont subi des traumatismes graves et des amputations. Les demandes émanant de personnes déplacées à l'intérieur du pays ont également augmenté à mesure que la ligne de front se rapproche de la région de Dnipropetrovsk. Nous aidons les survivants à retrouver leurs capacités fonctionnelles, à se déplacer de manière autonome et à prendre soin d'eux-mêmes pour retrouver confiance et indépendance. Pour ceux qui ont tout perdu, y compris leurs biens, leur santé et parfois leur volonté de vivre, un soutien psychologique est essentiel.” 

Témoignage de Tatiana, kinésithérapeute à Dnipro, Novembre 2025 


Les infrastructures en Ukraine ont été gravement endommagées ou détruites, les réseaux électriques étant particulièrement visés par les forces russes à l'approche de l'hiver. Jusqu'à 70 % de la capacité totale de production d'électricité du pays a été impactée, les centrales thermiques étant les plus touchées.  

Ces coupures d'électricité, qui durent plusieurs heures par jour, ont de graves répercussions sur le fonctionnement des hôpitaux, des écoles et des services essentiels. Des millions de personnes sont privées de chauffage, d'eau et de transports publics fiables, ce qui affecte durement le moral de la population.  

Une population traumatisée  

HI joue un rôle crucial auprès d'une population épuisée par quatre années de bombardements incessants, de multiples déplacements, la perte de leurs maisons et de leurs biens, et le deuil: 

De nombreux survivants et leurs familles souffrent de stress post-traumatique (SPT), de dépression et d'anxiété. Des communautés entières ont été touchées et sont privées d'accès aux services essentiels, en particulier à l'éducation, et n’ont plus de revenus. 

Depuis 2022, HI a aidé plus de 5 600 personnes grâce à des séances de réadaptation et près de 19 000 grâce à un soutien psychosocial. Plus de 6 000 aides à la mobilité ont été distribuées et 13 000 personnes ont été orientées vers les services publics ou humanitaires compétents. 

Les personnes handicapés prises dans la guerre 

Un rapport du Projet d'évaluation des capacités (ACAPS) estime qu'environ 300 000 personnes ont des blessures liées au conflit, dont certaines ont entraîné des handicaps physiques tels que des amputations ou des pertes auditives et visuelles. 

Avant l'invasion, l'Ukraine comptait environ 2,7 millions de personnes handicapées ; ce chiffre a considérablement augmenté en raison du nombre élevé de blessés de guerre.  

Les personnes handicapées sont touchées de manière disproportionnée par la violence et font face à d'immenses difficultés pour accéder aux services essentiels.  

Comme l'indique l'étude publiée en juin dernier par Humanité & Inclusion, environ un quart du territoire ukrainien, soit plus de 138 000 km² de terres et 14 000 km² d'étendues d'eau, est potentiellement contaminé par des mines, des armes à sous-munitions et d'autres restes explosifs de guerre. L'Ukraine est aujourd'hui l'un des pays les plus pollués au monde. Cette contamination freine la production agricole, entrave les efforts de reconstruction et limite l'accès humanitaire. Des communautés entières ont perdu l'accès à des terres essentielles pour l'agriculture et le pâturage, plongeant les ménages ruraux dans une grande précarité et les rendant plus dépendants de l'aide humanitaire.” 

Elliot de Faramond, Spécialiste du désarmement chez HI 

Dans la seule région de Kherson, où la contamination par des engins explosifs devrait réduire la croissance régionale de 10 à 15 %, la situation s'est encore aggravée en juin 2023 avec la destruction du barrage de Nova Kakhovka. Cet événement a entraîné la dispersion de milliers de mines et l'inondation de dizaines de milliers d'hectares de terres agricoles. 

La présence de munitions explosives dans les zones résidentielles, combinée au risque de recontamination des zones précédemment sécurisées, crée des obstacles insurmontables pour les personnes déplacées et les réfugiés qui envisagent de rentrer chez eux. Pour faire face à ce danger invisible, HI a organisé, au cours des quatre dernières années, des sessions de sensibilisation aux risques (EORE) auprès de plus de 230 000 personnes. 

--- 

Témoignage  

Lyudmyla, âgée de 63 ans, a fui son village situé sur la ligne de front après des années de bombardements, de trauma et de privations. Aujourd'hui réfugiée à Dnipro, elle et son mari dépendent désormais des soins médicaux et du soutien de HI pour reconstruire leur vie.  

Lyudmila, 63 ans, et son mari Alexander, 72 ans, originaires de Donetsk. Rogivske, région de Dnipropetrovsk, novembre 2025. © L.Hutsul / HI

La guerre: une nouvelle réalité 

Lyudmyla Brovchenko, 63 ans, a vécu toute sa vie dans le village de Pervomaiske, à seulement 12 kilomètres de Donetsk. Sa vie bascule quand la guerre éclate en 2024. Alors que son mari partait au travail, Lyudmyla s'est rendue à la gare. Il n'y avait plus de bus et le répartiteur lui a simplement répondu : « C’est la guerre ». Accompagnés de quelques autres femmes, Lyudmyla et son époux ont dû marcher 12 kilomètres sous la menace constante des snipers et des mines. C'était le début de sa nouvelle réalité.  

Blessée par une explosion  

En 2015, Lyudmyla est blessée lors d'une explosion : « Trois obus de 152 mm ont atterri juste à côté de ma maison. J'ai perdu l'ouïe d'une oreille ». Les toits et les habitations du village sont ravagés. Plus tard, une relative accalmie permet d'entamer des réparations et l'espoir renaît. Pourtant, elle vit alors sous un véritable blocus : six mois sans eau, sans pensions ni salaires. 

En 2022, le quotidien devient insupportable. Des munitions au phosphore tombent la nuit, des maisons brûlent et des bombes à fragmentation tuent aveuglément. « Nous avons réalisé qu'il n'y avait plus aucune chance de survivre et avons décidé d'évacuer. Nous avons pris notre chien, notre chat, quelques sacs et sommes partis vers nulle part ». 

À son arrivée à Dnipro, une connaissance propose au couple une petite maison dans un village. Sans électricité, ils doivent cuisiner sur un feu de camp pendant deux mois. 

Visites médicales régulières  

Lyudmyla vit avec une lésion cérébrale et doit être hospitalisée tous les six mois, parfois à Mechnikov, parfois dans d'autres cliniques. Sans traitement, les crises reviennent. Elle emporte même des seringues toujours avec elle pour se faire des injections si nécessaire.  

Plus d'actualités