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Sur le site de KID, Gaelle Charles, ergothérapeute de HI, réalise des exercices avec une patiente pour améliorer la mobilité de sa main. | © T. Noreille / HI
À Port-au-Prince, 2 millions de personnes ont besoin d’aide. HI dispense des soins d’urgence aux blessés, aux déplacés et aux personnes handicapées.
Depuis plusieurs années, Haïti traverse une grave crise politique, économique, sanitaire, sociale et humanitaire. Les gangs, très présents à Port-au-Prince – la capitale dont ils contrôlent près de 90 % du territoire1 – commettent de nombreuses violences et exactions envers les civils.
Face aux kidnappings, aux violences sexuelles et aux meurtres, de nombreux Haïtiens et Haïtiennes n’ont d’autre choix que de fuir. Ainsi, 12 %2 de la population du pays est déplacée et vit dans des conditions extrêmement précaires. La plupart a trouvé refuge dans des habitations de fortune, montées de bâches et de tôles, souvent dressées dans des écoles ou des bâtiments administratifs dont l’aménagement n’est pas prévu pour accueillir durablement autant de personnes.
« Je vivais dans le quartier de Solino, j’avais un commerce et je me débrouillais. Mais la guerre est arrivée, les bandits ont mis le feu et ont tout brûlé. Depuis ce jour, nous n’avons plus de maison, je ne peux plus travailler et mes enfants ne vont plus à l’école. Là où nous vivons aujourd’hui, certains se font frapper violemment. Rien de tout cela ne serait arrivé si nous avions pu rester chez nous, » témoigne Eugénie Laventure, arrivée en novembre 2025 sur le site de personnes déplacées de KID avec ses quatre enfants.
Dans un pays où 4,9 millions de personnes ont besoin d’une assistance médicale urgente, seuls 10 % des hôpitaux sont aujourd’hui pleinement opérationnels3. Les dispositifs de santé sont très insuffisants face aux besoins : blessures par balles, fractures, plaies ouvertes – sans parler des maladies chroniques qui ne peuvent plus être prises en charge faute de moyens ou d’équipement.
Les conditions de vie extrêmement précaires dans lesquelles vivent les personnes déplacées, avec un accès à l’eau potable limité, des installations sanitaires et hygiéniques insuffisantes, dans une très grande proximité et un dénuement total, décuplent les risques et aggravent certaines maladies.
« Le patient que nous avons pris en charge ce matin était un homme amputé au niveau de la cuisse droite après avoir reçu une balle dans la jambe. Ce n’est pas une situation facile, car lorsqu’on perd une jambe, on perd aussi une grande partie de sa mobilité et nos conditions de vie risquent de se dégrader – alors imaginez dans un contexte où on n’a plus ni maison, ni travail, ni accompagnement médical, » se désole Paulin Stanley, kinésithérapeute de HI.
Dans ces conditions, beaucoup de personnes handicapées sont confrontées à des difficultés supplémentaires, par exemple pour se déplacer ou pour accéder à l’aide humanitaire.
« Je suis en situation de handicap, je ne peux pas travailler et parfois certaines personnes choisissent de m’humilier. De plus, il est très difficile de se procurer de la nourriture sur le site. Il y a beaucoup de bousculades et de désordre ; pendant les distributions, ton bol peut se casser, et parfois tu ne reçois rien à manger. Personnellement, je suis obligé de me résigner, » explique Wadson Augustin, qui vit sur le site de personnes déplacées Ministère de Communication II, situé dans un ancien bâtiment public.
Pour apporter une aide spécifique aux personnes handicapées, HI déploie des équipes mobiles de kinésithérapeutes et d’ergothérapeutes qui se rendent sur les sites de personnes déplacées, au plus près des besoins des habitantes et des habitants. Chaque jour, les équipes déchargent et installent leur matériel, se ménageant un espace exigu entre les matelas, les vêtements qui sèchent et les effets personnels. Ces manœuvres sont répétées deux ou trois fois par semaine sur chacun des cinq sites dans lesquels HI intervient pour assurer un suivi régulier des patientes et des patients.
« Certains jours, nous organisons des séances d’éducation thérapeutique pour expliquer aux patients leur pathologie et les gestes qu’ils peuvent faire pour s’aider eux-mêmes. Nous leur enseignons des exercices qu’ils peuvent reproduire seuls ; ainsi, lorsque la situation sécuritaire ne nous permet pas de nous rendre sur place, ils peuvent continuer leurs exercices de rééducation de manière autonome », précise Stéphania Saint-Val, kinésithérapeute de HI.
Les équipes de HI forment également les patientes et les patients à l’utilisation des béquilles, cannes ou fauteuils roulants qu’elles leur fournissent.
« Aujourd'hui, j'ai pris en charge une dame qui est hémiplégique. Elle avait des difficultés à réaliser ses activités, comme se laver, se brosser ou se coiffer. Mais grâce aux exercices, elle peut désormais tout faire toute seule, » se réjouit Gaelle Charles, ergothérapeute de HI.
Nombre d’habitantes et d’habitants de Port-au-Prince subissent les conséquences négatives du stress permanent et des événements traumatiques infligés par les gangs. La situation est particulièrement alarmante pour les enfants et les femmes ; ainsi 94 % des femmes et des filles haïtiennes4 risquent de subir des violences sexistes et sexuelles.
Conscientes que pour guérir de blessures physiques il faut aussi prendre en charge les blessures psychologiques et émotionnelles, HI réalise des séances d’écoute et de conseil lors de ses interventions. De plus, les équipes de l’organisation réfèrent les personnes qui ont besoin d’un accompagnement psychologique spécialisé et les survivantes et survivants de violences à des structures compétentes tout en prenant en charge leurs soins ; ces personnes bénéficient ainsi d’une prise en charge psychologique, médicale et d’un hébergement d’urgence sûr. Par ailleurs, HI procède également à la distribution de kits de dignité ou de kits d’hygiène, comprenant notamment des serviettes hygiéniques, des lampes, du savon, des vêtements, etc., et accompagne des membres de la communauté dans l’organisation de séances de sensibilisation ayant pour objectif de prévenir les violences sur les sites.
Enfin, les équipes de HI prévoient de renforcer leur action en déployant prochainement un soutien psychosocial et un accompagnement en santé mentale pour les patients qui en ont besoin, afin de les aider à comprendre et réduire la détresse et les sources de stress et renforcer les liens communautaires.
Le projet Urgence en Réadaptation POst-Traumatique (URPOST) est déployé sur cinq sites de personnes déplacées à Port-au-Prince. Il a pour objectif d’améliorer l’accès aux soins et la prise en charge en réadaptation de patients, pour réduire les souffrances et les effets secondaires des blessures et prévenir toute forme de handicap à long terme, ainsi que de réduire les séquelles liées à des trauma pour les survivantes de violences sexistes et sexuelles. Lancé en août 2024, le projet a déjà permis d’accompagner plus de 1 500 patientes et patients en réadaptation, dont 152 ont reçu une aide à la mobilité (béquilles, cannes, fauteuils roulants…). De plus, 95 survivantes de violences ont bénéficié de services de protection et 41 kits de dignité ont été distribués. HI a également réalisé des formations pour d’autres acteurs humanitaires afin d'encourager la prise en compte des femmes et des filles en situation de handicap dans les réponses apportées.
3. Idem
HI est une organisation de solidarité internationale indépendante et impartiale, qui intervient dans les situations de pauvreté et d’exclusion, de conflits et de catastrophes. Œuvrant aux côtés des personnes handicapées et des populations vulnérables, elle agit et témoigne, pour répondre à leurs besoins essentiels, pour améliorer leurs conditions de vie et promouvoir le respect de leur dignité et de leurs droits fondamentaux.
Là où sévissent les conflits, les catastrophes naturelles, la pauvreté et l’exclusion, nous travaillons aux côtés des personnes handicapées et des populations vulnérables pour améliorer leurs conditions de vie.