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Madagascar : L'impact humanitaire du changement climatique

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Inclusion | Urgence | Madagascar | PUBLIÉ LE 21 mars 2022
Une famille assise à l'ombre à Betioky, l'une des régions touchées par la grave sécheresse qui sévit dans le sud de Madagascar

Une famille assise à l'ombre à Betioky, l'une des régions touchées par la grave sécheresse qui sévit dans le sud de Madagascar | © HI

L'exposition croissante aux risques liés à la météo crée des besoins importants à Madagascar. HI développe des solutions adaptées.

Madagascar est l’un des pays les plus exposés au monde aux catastrophes climatiques extrêmes, et le troisième le plus vulnérable aux conséquences du changement climatique. Inondations fréquentes, tempêtes tropicales, cyclones et sécheresses ont un impact dévastateur sur la population, et les besoins d’aide humanitaire sont conséquents dans toute l’île. Et le changement climatique devrait augmenter encore à l’avenir la fréquence et la violence de ces catastrophes.

Cinq tempêtes en moins de deux mois

Dégâts causés par le cyclone Batsirai à Mananjary. ©A.FANANTENANA/HIÀ Madagascar, la saison des cyclones s’étend habituellement de novembre à mars. Pendant cette période, l’île s’attend à essuyer au moins un à deux cyclones, entraînant des pluies torrentielles, des vents puissants, des inondations et une augmentation du niveau de la mer. Pour le seul début d’année 2022, le pays a déjà connu cinq tempêtes tropicales, dont deux cyclones intenses qui se sont produits à seulement deux semaines d'intervalle et ont suivi des trajectoires similaires, dévastant les mêmes zones.

Dégâts causés par le cyclone Batsirai, dans la région d'Atsimo Andrefana, inondations à Analamisamp © HIEntre janvier et mars, ces tempêtes ont fait plus de 200 victimes. Environ 420 000 personnes ont été touchées, et plus de 169 000 ont vu leur foyer détruit, en partie ou en totalité. Après le passage de chacune de ces tempêtes, ce sont des familles entières qui ont été privées d’accès à de la nourriture, à de l’eau potable, à l’électricité, à un abri ou encore à des produits d’hygiène de base. Les hôpitaux, les écoles et les terres cultivables ont été largement dévastés, laissant les populations sans soins médicaux, les enfants sans éducation, et des communautés entières sans moyens de subsistance dans une société fortement dépendante de l’agriculture. Tout ceci ayant bien entendu des conséquences sur le long terme, qui se prolongent bien après le passage des tempêtes. Environ 60 000 hectares de rizières ont été inondés par deux fois par l’un puis l’autre cyclone, et certaines régions ont perdu jusqu’à 90 % de leurs sources de production alimentaire.

La pire sécheresse de ces 40 dernières années

Les régions du Nord et de l’Est de l’île ont dû faire face à des inondations et à de fortes pluies, le Sud connaît la sécheresse la plus dure de ces 40 dernières années. Après plusieurs années de pluies moins abondantes que la moyenne et avec les effets du changement climatique, environ un million et demi de personnes sont désormais en situation d’insécurité alimentaire.

« La population dépend fortement d’une agriculture vivrière et de cultures pluviales », explique Lili Bazin, référente pour HI en matière de réduction des risques de catastrophes. « Par conséquent, la sécheresse a des conséquences dramatiques sur sa sécurité alimentaire et ses moyens de subsistance. »

Entre 2018 et 2021, le prix de l’eau a augmenté de 300 %. Certaines familles en sont réduites à manger de la boue ou faire bouillir des lanières de cuir afin de surmonter la crise actuelle. Le manque alarmant de nourriture met les femmes enceintes et les enfants de moins de cinq ans en grave danger de malnutrition, qui pourrait entraîner des troubles du développement.

Une vulnérabilité qui s’aggrave

Les familles à Tuléar, touchée par la sécheresse, attend les distributions de nourriture de HI. © HICes phénomènes météorologiques catastrophiques alimentent un cercle vicieux : les catastrophes naturelles engendrent un besoin humanitaire par les destructions qu’elles causent, tandis que les sources de vulnérabilité préexistantes amplifient les conséquences de ces catastrophes.

Madagascar est l’un des pays les plus pauvres au monde. Une situation qui rend la population encore plus vulnérable en temps de crise. Face au stress de l’insécurité alimentaire ou d’une catastrophe, nombreuses sont les personnes forcées de s’adapter en vendant leurs biens ou retirerant leurs enfants de l’école. Les taux de déscolarisation ont augmenté depuis le début de la sécheresse, tout comme ceux liés à la violence liée au genre et aux mariages précoces. Avec les fréquentes menaces qui pèsent sur les ressources et les infrastructures, reconstruire devient de plus en plus compliqué et les besoins sont de plus en plus difficiles à combler.

Les groupes les plus vulnérables sont souvent laissés pour compte dans des régions à risque, car ces personnes ne peuvent pas se permettre ou n’ont pas les moyens de tout recommencer ailleurs à cause d’une manque d’information ou de transportation par exemple. Les impacts sont encore plus importants sur les populations âgées, les femmes enceintes, les personnes handicapées et les personnes issues de groupes minoritaires qui peuvent être confrontées à la discrimination ou à des obstacles physiques pour accéder à l'aide.

HI à l’œuvre pour réduire l’impact

« Les 200 victimes de cette année sont bien évidemment toutes de trop », souligne Olivier Benquet, directeur géographique de HI à Madagascar. « Mais dans ce bilan, il y a malgré tout du positif. Ce chiffre est relativement faible par rapport à l’ampleur des catastrophes qu’a connues l’île. C’est le résultat d’une meilleure réduction des risques de catastrophes. »

Selon Lili, « nous ne pouvons empêcher ni les vents violents, ni les fortes pluies. Mais nous pouvons prévenir les dangers que représentent ces phénomènes climatiques en prévoyant où ils vont frapper, en anticipant l’impact sur les vies et les moyens de subsistance, et en agissant en conséquence, à l’avance, pour préparer les communautés. »

Depuis de nombreuses années, HI met sur pied des projets de réduction des risques de catastrophes dans le monde entier, et en particulier à Madagascar. Pour mieux préparer les communautés à faire face aux chocs climatiques et aux phénomènes météorologiques, l’association renforce les structures locales, soutient les services éducatifs, sensibilise aux risques, met en place des systèmes d’alerte précoce et de surveillance. Elle aide aussi la population à rendre ses moyens de subsistance plus durables, entre autres initiatives.

L’anticipation pour plus d’inclusion

« Grâce aux techniques actuelles et aux prévisions météorologiques qu’elles permettent, nous sommes en mesure de prévoir l’arrivée d’un cyclone », explique Olivier. « Dans un tel cas, nous pouvons commencer à déplacer nos équipes vers les zones qui seront touchées, alerter les communautés, alerter la population et renforcer les structures. Nous savons que ces phénomènes sont inévitables. Il est donc essentiel que nous adaptions et développions nos efforts de réduction des risques pour répondre au changement climatique que nous vivons. »

En janvier 2022, HI lançait un nouveau projet de réduction des risques de catastrophes sur trois ans, visant à mettre en place une action anticipée inclusive dans trois pays souvent touchés par des catastrophes naturelles : Madagascar, Haïti et les Philippines. Cette initiative s’appuie sur les sciences climatiques et météorologiques pour anticiper le possible impact dans des zones à risques, et mobilise les ressources nécessaires pour déployer un protocole d’action précoce et limiter les conséquences potentielles en amont. Dans le cadre de cette initiative, HI va réaliser des études afin de mieux cerner les risques associés, cartographier les facteurs de vulnérabilité, renforcer les capacités de réponse des communautés, conduire des exercices de simulation et s’assurer de l’inclusion des groupes marginalisés (personnes handicapées, personnes âgées, des femmes, etc.) dans ces efforts.

À Madagascar seulement, le projet cible près de 330 000 bénéficiaires. À Haïti, il touchera plus de 200 000 personnes, de même qu’aux Philippines.

« Nous serons toujours au soutien des communautés sinistrées », affirme Lili. « Mais au final, si nous pouvons les préparer en amont et ainsi limiter l’impact des catastrophes naturelles, ce serait mieux ! »

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