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Liban : les personnes handicapées, grandes oubliées de la crise

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Droits | Urgence | Liban | PUBLIÉ LE 4 mai 2026
Une personne est assise dans un fauteuil roulant à l’extérieur et porte une veste violette et un foulard sur la tête. Le fauteuil roulant est positionné sur un sol pavé. Une personne debout se penche vers la personne assise dans le fauteuil roulant et lui tient le coude. En arrière plan, on voit une tente bleue, des vêtements suspendus à des cordes et un palmier, sous un ciel dégagé.

HI fournit un fauteuil roulant neuf à une personne handicapée dans un camp de déplacés. | © HI

Des milliers de Libanais à fuir leurs foyers. Les personnes handicapées sont durement touchées, et les moins secourues, affirme HI dans son rapport Leaving No One Behind.

HI publie au mois d’avril 2026 un rapport alarmant sur la situation des personnes handicapées dans la crise humanitaire au Liban, intitulé Leaving no one behind.  

Le problème en chiffres 

À la mi-mars 2026, plus de 1 600 ménages dont la personne responsable est handicapée ont été recensés dans des abris collectifs au Liban. Au total, au moins 2?469 personnes handicapées ont été identifiées dans ces structures d'accueil  parmi lesquelles 1 300 ont un handicap physique, 761 un handicap mental, 481 un handicap auditif et 338 un handicap visuel. 

Mais au niveau national, les personnes handicapées représenteraient environ 10 % de la population libanaise, soit plus de 400 000 individus. Des dizaines de milliers d'entre elles ont trouvé refuge dans des camps informels, dans des voitures ou des bâtiments en construction, passant souvent sous les radars des systèmes d'aide humanitaire.  

Evacuations bâclées, abris inaccessibles 

Lors des évacuations d'urgence, de nombreuses personnes handicapées n'ont pas pu fuir dans des conditions sûres. Pire encore, beaucoup ont dû abandonner les aides à la mobilité qui leur sont essentielles — fauteuils roulants, prothèses, médicaments aggravant leur vulnérabilité dans les camps de déplacés. 

Les abris collectifs sont inadaptés : les couloirs sont encombrés, les toilettes accessibles uniquement par des escaliers, l'électricité fait défaut et l'intimité est inexistante, etc. Pour les personnes à mobilité réduite, et particulièrement pour les femmes handicapées, ces conditions multiplient les risques de chutes, d'isolement social et de violences.  

Un système de santé sous forte pression 

Pour les personnes handicapées, l'accès aux soins essentiels, notamment aux médicaments pour maladies chroniques, au suivi médical régulier et aux services de réadaptation, déjà limités avant la crise, s'est considérablement réduit. Aucun mécanisme n’existe pour remplacer les aides à la mobilité - indispensables pour se déplacer, communiquer ou accomplir les gestes du quotidien - perdues lors des évacuations. 

Une réponse humanitaire à repenser 

Le handicap n'est pas encore intégré comme une priorité systématique dans la réponse humanitaire au Liban. Les données par type de handicap font cruellement défaut, rendant les personnes concernées invisibles dans les évaluations des besoins et l'allocation des ressources. Les organisations de personnes handicapées sont quasi absentes des instances de décision, ce qui prive la réponse humanitaire de leur perspective essentielle. 

La trêve conclue le 16 avril 2026 offre une fenêtre d'opportunité - fragile mais réelle - pour corriger le tir, dit le rapport. Les personnes déplacées ont le droit de rentrer chez elles, mais ce retour doit être sûr et digne. Pour les personnes handicapées, cela suppose de lever les barrières physiques, informationnelles et institutionnelles qui entravent leur mobilité et leur accès aux services. 

Des appels à l'action 

Dans son rapport, HI formule plusieurs recommandations urgentes à destination des acteurs humanitaires et des donateurs?: 

  • consacrer au moins 15 % des financements humanitaires à l'inclusion du handicap, 
  • rendre obligatoire l'utilisation de données détaillées,  
  • garantir l'accessibilité réelle de tous les abris collectifs,  
  • et assurer la continuité des services de réadaptation en période d'urgence.  

L'organisation réclame également l'intégration formelle et permanente des organisations de personnes handicapées dans toutes les plateformes de coordination humanitaire. 

Enfin, HI insiste sur la nécessité d'un cadre de retour et de reconstruction pensé dès le départ pour inclure les personnes handicapées avec des logements accessibles, des services adaptés et une prise de décision libre et informée. 

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