Go to main content

Contamination par les mines : les Syriens prennent des risques pour survivre

partager

Réadaptation | Réduction de la violence armée | Syrie | PUBLIÉ LE 8 juillet 2026
Abdallah au centre de réadaptation de HI

Abdallah au centre de réadaptation de HI | © Noor Bimbashi / HI

Abdallah a été blessé par une mine alors qu’il ramassait des truffes dans un champ. Il savait que c’était dangereux, mais il avait besoin d’argent pour acheter de la nourriture.

Abdallah, âgé de 35 ans, originaire de Sabkha près de la ville de Raqqa, raconte l’histoire de son accident avec une mine en janvier 2025 : 

Les agriculteurs sont parmi les personnes plus exposés aux engins explosifs 

Je suis agriculteur et berger. En janvier, pendant la saison des truffes, nous sommes sortis en ramasser. En marchant, je me suis soudainement retrouvé projeté en l’air — j’avais marché sur une mine. 

J’ai été blessé aux yeux. J’ai eu des brûlures au visage et des plaies causées par les éclats. Et j’ai perdu ma jambe. Je suis resté conscient tout le temps. Je me souviens d’avoir regardé vers le bas de mon corps et réalisé que ma jambe n’était plus là. 

Commentaire de HI : La contamination par les engins explosifs continue de toucher les civils en Syrie tous les jours, souvent là où les gens essaient simplement de mener leur vie, de cultiver leurs terres, de faire paître leur bétail, de voyager ou de subvenir aux besoins de leur famille. Entre le 5 et le 12 juin 2026, 18 incidents liés à des engins explosifs ont été recensés en Syrie, faisant 19 victimes. Depuis le 8 décembre 2024, au moins 1 288 incidents causés par des mines ou des restes de bombes et de munitions ont fait 2 319 victimes à travers le pays. 

Ce que la pauvreté fait aux gens 

Le jour où j’ai été blessé, je savais que la récolte ne me rapporterait pas grand-chose — peut-être juste assez pour acheter du pain. Voilà ce que la pauvreté nous fait faire. La plupart des gens qui sont victimes d’engins explosifs essaient simplement de gagner leur vie et de subvenir aux besoins de leur famille. Même lorsqu’ils connaissent le danger, ils sortent quand même parce qu’ils ont besoin de survivre. 

Ma jambe a déjà été amputée. Ce qui m’est arrivé ne peut pas être défait. Mais qu’en est-il de tous les autres ? Et mes enfants ? Mes voisins ? 

Commentaire de HI : 90 % des personnes en Syrie vivent sous le seuil de pauvreté, la plupart n’ont pas assez à manger. Les familles ont vu leurs ressources s’épuiser, avec des opportunités d’emploi limitées, des prix qui s’envolent et une pénurie de produits de première nécessité.  

La contamination est partout

Un mois après mon accident, mon cousin a également été blessé par une mine. Il n’a pas survécu. Des accidents comme celui-là n’arrêtent jamais... Un jour, seize personnes voyageaient ensemble pour récolter des truffes quand leur véhicule a roulé sur une mine. Ils ont tous été tués ou grièvement blessés. 

Notre région est couverte de sable. Les mines sont invisibles — il n’y a souvent aucun signe que le danger se trouve sous vos pieds jusqu’à ce qu’il soit trop tard. Nous ne cessons de demander aux organisations et aux autorités de les déminer, mais le danger demeure partout. Certaines familles ont même essayé de retirer elles-mêmes les mines, craignant que leurs enfants ne soient blessés. 

Commentaire de HI : HI organise des séances d’éducation aux risques dans les villages pour sensibiliser les populations au danger de la contamination (8 035 séances conduites en 2025). Les messages essentiels sont : " Lorsque vous voyez un objet suspect : ne vous en approchez pas, ne le touchez pas, informez les autorités et posez un panneau pour alerter les autres. Retirer soi-même un engin explosif est extrêmement dangereux ! "

Je n’arrive toujours pas à croire que je peux marcher  

Après l’accident, j’ai passé quatre mois sous de lourds traitements médicamenteux. Ma première opération a échoué et j’ai souffert de douleurs intenses. Tous les cinq jours, je devais acheter de nouveaux médicaments, qui étaient très coûteux. À un moment, je dépensais plus de dix dollars par jour en médicaments seulement. 

Après ma blessure, j’ai été orienté vers l’hôpital national de Raqqa avec le soutien de HI. Mon dossier a été enregistré et on m’a proposé des services de rééducation physique. Au début, je ne pensais pas en avoir besoin, mais les médecins ont insisté. J’ai participé à de nombreuses séances jusqu’à ce qu’on me dise que j’étais prêt à être appareillé avec une prothèse. J’ai reçu une prothèse le 19 mai 2026, un an et demi après ma blessure. 

Avant de recevoir une prothèse, un patient suit des séances de rééducation pour renforcer son membre inférieur. L’équipe s’assure également que le moignon a la forme correcte pour recevoir une prothèse. Cette étape peut prendre plusieurs semaines. HI a équipé 728 personnes avec des prothèses en 2025. 

L’équipe a pris mes mesures, et seulement deux jours plus tard, ma prothèse était prête. Même maintenant, je n’arrive pas à y croire. Après tout ce que j’ai traversé, pouvoir me tenir debout à nouveau me semblait impossible. Je suis encore stupéfait par la rapidité et l’efficacité avec lesquelles l’équipe m’a soutenu et m’a aidé à franchir cette étape vers la reconstruction de ma vie. 

Aujourd’hui, je ne travaille pas. Mon espoir est simple : trouver un emploi stable et sûr pour ne plus avoir à dépendre de travaux dangereux comme la récolte de truffes. 

 

Plus d'actualités