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Un changement de paradigme

 

Les personnes handicapées venues à New York s’étaient engagées à faire voler en éclats les stéréotypes et les préjugés pour en finir avec la charité. La ratification a eu un impact très positif sur leur situation. Les Etats ne pouvaient plus adopter l’approche paternaliste qui prétendait répondre aux besoins des personnes handicapées comme s’il s‘agissait d’une faveur de leur part. Grâce à la Convention, obtenir de l’aide, avoir accès à l’éducation et à la santé sont devenus des droits pour les personnes handicapées et l’Etat doit accepter les prérogatives de cette dernière. Avant la Convention, on recrutait des personnes qualifiées à titre exceptionnel, dans l’optique politique de montrer de la bonne volonté. Après la Convention, cela a dû faire l’objet de mesures legislatives, telles que la fixation de quotas ou la mise en place d’actions positives.

Djikiné Hatouma Gakou

Pour les personnes handicapées, il y a une certaine fierté de dire que l’ONU, qui est le regroupement de tous nos pays, s’est engagé pour garantir leurs droits. Bien sûr, ça leur a donné du tonus de brandir cette Convention et de dire aux Etats : «vous vous êtes engagés ! ». Et souvent, nos Etats, même s’ils ne le disent pas publiquement, se disent « attention, nous sommes Etats-partie à la Convention, nous devons être prudents, car les personnes handicapées peuvent y avoir recours ». Il y a un mouvement formidable de personnes handicapées qui font pression sur nos Etats et ça, c’est vraiment un des grands acquis pour nous cette Convention.

Idriss Maïga

Lorsque j’ai découvert la CDPH et sa vraie signification, cela m’a beaucoup encouragée. Pour la première fois, j’ai senti que des personnes au pouvoir reconnaissaient qu’être interné était injuste. Cela m’a donné de l’élan et j’ai trouvé cela extraordinairement stimulant. Il est difficile de se faire entendre quand on a un handicap psychosocial. Depuis la CDPH, les lieux où l’on peut se faire entendre se multiplient. C’est extrêmement précieux et tellement valorisant. Il nous semble que nous n’avons plus à quémander nos droits, juste à les revendiquer. Cela fait une grande différence, c’est finalement une forme de reconnaissance.

Jolijn Santegoeds

Je pense qu’il y a eu un changement radical dans la manière dont on traite des thèmes du handicap. Il existe plus de stratégies, de programmes gouvernementaux, de services inspirés par l’approche fondée sur le droit. Auparavant, le modèle était clairement inspiré par une approche médicale ou charitable. Je ne dis pas que ce type de programmes a totalement disparu, mais les lois axées sur les droits sont plus nombreuses que lorsque le comité a commencé son travail il y a 15 ans. En outre, il y a une certaine forme de généralisation des concepts, peut-être pas de la situation matérielle, mais au moins des concepts. Le concept d’aménagement raisonnable n’était même pas connu dans les pays en voie de développement; même s’il n’est toujours pas mis en pratique, il fait maintenant partie des revendications des personnes handicapées. Des services pour favoriser la vie autonome ont également vu le jour dans ce contexte. Les organisations de personnes handicapées portent plus d’attention aux droits et de plus en plus de revendications émergent. Ce changement est peut-être plus visible dans les pays en voie de développement. Je dirais que ce sont là les changements les plus significatifs et les plus visibles.

Silvia Quan

Il est vrai que la Convention change le regard que des institutions comme l’Unicef et en particulier les agences de l’ONU portent sur les personnes handicapées. Avec la Convention et le programme d’équité que nous avons à l’Unicef, les enfants handicapés sont maintenant au centre de l’organisation. C’est pourquoi le directeur a décidé de créer un poste de conseiller senior et a inclus la situation des personnes handicapées dans le plan de développement stratégique. Les choses sont en train de progresser et de s’améliorer. L’organisation compte 111 bureaux nationaux travaillant sur le handicap; peut-être plus. Tous les Etats-membres mettent en oeuvre la Convention, sollicitent de l’aide auprès des Nations Unies et de la société civile à des niveaux aussi variés que les politiques, législations, programmes, services. Ce scénario d’ensemble a commencé à se dérouler grâce à la Convention.

Rosângela Berman Bieler

Avant la Convention, la cause des personnes handicapées n’était plaidée que là où il y avait de la “bonne volonté”. Maintenant, c’est une question de droit, ce qui est une différence fondamentale. Cela a eu un fort impact en termes de dignité, d’autonomisation, d’accessibilité, de non-discrimination et d’auto-détermination. Cela a modifié sensiblement les règles du dialogue entre Etat et société civile et la dynamique de plaidoyer en faveur des Organisations de personnes handicapées avec la mise en place de mécanismes de suivi des responsabilités, qui opèrent à la manière d’un contrat. Bien sûr, cela n’a pas donné de résultats concrets immédiats, mais cela a changé la manière dont les individus se considèrent dans leur environnement et par rapport à la communauté, grâce au label Nations Unies, au fait qu’il existe une Commission à Genève chargée d’examiner les rapports des Etats. Pour des personnes qui ont trop longtemps vécu l’exclusion, quand il leur fallait quémander, être gentil et agréable, ce fut une véritable mutation. Ce sont des changements que nous – en tant que professionnels – avons du mal à appréhender; parce que nous ne vivons pas l’exclusion au quotidien.

Alexandre Cote

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